Dans Le bon, la brute, le truand, le monde se divise en deux catégories : ceux qui passent par la porte, et ceux qui passent par la fenêtre. Ou encore, ceux qui tiennent le flingue, et ceux qui creusent.
Sergio Leone devait trouver ces répliques amusantes, il ne pouvait se douter que le cinéma français, peuplé d’artistes fragiles, sensibles, trop sensibles, des écorchés vifs au cœur vaste et à l’âme pure quoique légèrement maculée de mercantilisme honteux, allait s’en trouver profondément et durablement traumatisé : car depuis, le cinéma français tend à se diviser en deux catégories...
D’un coté, la comédie pour le bon peuple, où la règle des trois gags par film, probablement émise par quelque éminent statisticien du siècle dernier, et qui suggère aux scénaristes de ne pas gâcher inutilement leur talent puisque l’analyse des chiffres prouve qu’un film fait suffisamment d’entrées dès lors que le spectateur rit en moyenne 2,87 fois au cours de la projection, fait loi.
Et de l’autre, le film pour lecteur de Télérama, dont l’archétype est un homme blanc, professeur des collèges, probable ancien socialiste converti par les passions d’un caractère né pour l’insurrection au bayrouisme, qui aime bien les histoires où des pauvres dignes et magnifiques s’entraident pour lutter contre l’adversité, crier leur amour de la vie à la face d’un monde pourri, et s’embrassent à la fin tandis que le soleil se couche et que le ciel rougeoie, sous le double effet d’un stylisme hard-discount et d’un goût de l'allégorie que même Staline contredirait.
Et entre les deux, rien. Ou si peu.
PS : je m’objecte à moi-même qu’avant Sergio Leone, le cinéma français se divisait déjà en deux catégories : Jean-Luc Godard et Chuck Norris.
S’agirait-il donc d’un atavisme ontologique hérité des frères Lumières ?